Oral diplome ughhh
intro
Bonjour, je m'appelle Lélio, etc (utile??) présentation perso (intérêt graphisme + musique)
INTRO accueil dans la salle, inviter à asseoir
Aujourd'hui j'ai choisi de tous nous asseoir autour de cette table pour discuter de mon projet de diplôme : HzMycelium, un générateur de site internet statique pour musicien·nes indépendantes de la scène underground.
Même si je vais parler pendant un moment, je voulais que cette installation soit la continuité de certaines valeurs au cœur de ce projet et propres à la scène underground sur laquelle je travaille (et dont je parlerai plus en détail par la suite) : d'abord l'horizontalité, s'éloigner de toute forme de hiérarchie et d'institutionnalité. Ensuite l'esprit du fait maison, du bricolage, donc tout ce qui s'éloigne, dans la scène underground.
C'est pour toutes ces raisons que j'ai choisi de faire cette non-installation, entre guillemets parce qu'il y a quand même toute une scénographie digitale que vous allez pouvoir utiliser.
Vous avez donc chacun·e un ordinateur à votre disposition, sur lequel vous pourrez naviguer pendant que je parle. Je ferai quand même en sorte de vous guider au fil du temps en vous indiquant de quelle page je parle, et vous pourrez vous y rendre avec le menu dans le coin de l'écran. Je vous invite aussi à m'interrompre n'importe quand pour me poser des questions, me demander de clarifier ou d'approfondir quelque chose, en me montrant des choses sur vos écrans par exemple. Ça m'intéresserait vraiment qu'on soit dans un dialogue et un échange pendant le temps de passage. Même si je réserve quand même une marge à la fin pour des questions plus longues, et pour que vous puissiez utiliser les sites plus librement sans que je parle derrière, écouter les morceaux, mettre les casques etc.
contexte mémoire / carte racines
Pour remettre un peu de contexte autour de ce projet, il faut que je parle rapidement de mon mémoire, qui parle du design graphique dans le milieu du rap underground, et du rapport entre l'image et la musique.
Ce qui nous intéresse c'est surtout cette carte, réalisée au début de l'écriture du mémoire.
Vous pouvez aller sur le site Racines pour interagir avec
parenthèse musique 30sec pendant que j'invite à interagir avec la carte
Elle regroupe un corpus d'albums, représentés par leurs pochettes. Cette carte m'a permis d'avoir une vision d'ensemble de cette scène, et surtout de cette relation de la musique à l'image. Dans mon mémoire, cette relation passait presque uniquement par les pochettes et les clips, puis la communication sur les réseaux.
Début janvier, en voulant explorer davantage cette relation image/son dans cette scène, je cherchais par quel angle poursuivre ma pratique. À ce moment, plusieurs évènements m'ont aidé à déterminer la portée de mon projet.
- D'abord, pendant ma soutenance, j'évoquais une sorte de paradoxe/contradiction entre les valeurs d'indépendance des artistes underground et de leur communauté, et leur manque de conscience politique par rapport aux réseaux et plateformes sur lesquels ils et elles postent/communiquent. J'évoquais un manque d'espaces où évoluer, des espaces plus libres, moins contraignants et surtout moins problématiques politiquement.
- Ensuite, une personne de l'école m'a transmis un mémoire portant sur la place de l'identité visuelle des artistes sur les plateformes de streaming. PARTAGE ECRAN MEMOIRE
Ce mémoire fait le constat que seulement 5% de l'interface de Spotify, Deezer etc est réservée à la charte de l'artiste. C'est terriblement peu et ça décourage l'artiste de développer un univers visuel plus étendu, pourtant très important dans l'expérience d'écoute.
En fait, un endroit décentralisé, indépendant, expérimental et totalement libre, techniquement comme visuellement, ça existe déjà : c'est le web (indépendant) (cf.manifeste?). À ce moment dans le semestre j'ai commencé à comprendre qu'il y avait un vrai lien entre musique underground et web indépendant, qui sont liés par ces valeurs d'indépendance, d'auto-gérance, et surtout de bricolage et de faire soi-même, comme je le dis dans le mémoire. C'est à partir de ce constat que j'ai commencé à construire mon projet de diplôme, avec comme objectif de donner la capacité à ces artistes indépendant·es de posséder leur propre espace sur le web, avec un accent mis sur la présentation visuelle et le développement de leur identité graphique.
On va le voir juste après, c'est un constat qui existe déjà dans les communautés en ligne, et plein de solutions ont déjà émergé. Le fait que je me concentre sur cette scène underground prenait parfaitement sens avec ce genre de projet de publication de musique, de web libre, d'émancipation
Transition chronologie
Chronologie : publier sa musique sur internet
Avant de vous montrer la forme que prend cet outil, je voulais faire une sorte d'historique de la publication et de l'écoute de la musique indépendante sur Internet. C'est important pour comprendre les logiques dans lesquelles s'inscrit ce projet et cet outil.
Vous pouvez aller sur le site Frise chronologique
Les informations et les dates sont énormément simplifiées mais je retiens deux catégories importantes dans cette frise :
1- les plateformes propriétaires, émergent à partir de 2003 avec iTunes puis gros développement de 2007 à 2015 jusqu'à régner aujourd'hui. Faciles d'accès et d'utilisation, autant pour artistes qu'auditeur·ices, moyennant un service financier, elles se sont imposées comme le standard, le choix par défaut : elles centralisent désormais (dans le monde de la musique comme du web, avec les réseaux sociaux qui ont joué le même rôle). Malgré ça, beaucoup de problèmes politiques, éthiques, sont liées à ces plateformes et surtout aux entreprises qui les dirigent. Le fait que ces plateformes soient devenues un choix par défaut, prises pour acquises a déplacé l'attention : on ne réfléchit plus où publier sa musique, mais plutôt où on en parle, où on la fait circuler, sur quels réseaux, dans quelles communautés.
2- Des alternatives plus niche ont toujours existé en parallèle, et c'est plutôt celles là qui nous intéressent. Même si leur impact sur l'industrie est minime, il faut souligner qu'un besoin et qu'un désir de partager sa musique autrement a subsisté même avec l'apparition de ces plateformes. Ces alternatives sont en réalité d'abord la norme : fin des années 1990 - début des années 2000, le web est dans son âge d'or, les artistes bricolent leurs propres sites, leurs blogs, soit personnels, soit via des plateformes comme Geocities ou plus tard Myspace qui leurs fournissent un espace en ligne très personnalisable visuellement, mais qui demande quand même quelques connaissances techniques pour fabriquer sa page. Les utilisateur·ices écument le web en cliquant de lien en lien, en suivant des webrings, pour découvrir des pages d'artistes. Puis en même temps que l'explosion des plateformes propriétaires, d'autres solutions plus libres voient le jour : SoundCloud et Bandcamp tentent de nouvelles approches, plus communautaires ou plus visées vers les artistes voulant publier leur musique en ligne. Mais il y a un besoin inévitable de monétiser les plateformes pour payer les coûts, et dégager des bénéfices. Cela conduit systématiquement à une "merdification" (CITER CORY DOCTOROW) de ces plateformes (cf. rachat de Bandcamp, modèle freemium intrusif sur Soundcloud), tant du côté artiste qu'utilisateur·ice. Toujours en parallèle, d'autres solutions encore plus radicales tentent d'émerger (Faircamp, Mirlo, Funkwhale...), formant des communautés soudées. Mais pour le plus grand nombre, les habitudes sont prises, et les artistes comme les utilisateur·ices ne voient plus l'intérêt de publier leur musique ailleurs que sur les plateformes. = transition HzM redonner l'intérêt
Avant que je passe à l'outil si vous avez des questions sur des choses sur lesquelles je suis passé assez vite par exemple
- la carte interactive, sa conception, le corpus
- les alternatives récentes/actuelles aux plateformes dont j'ai peu parlé ex.Faircamp, Subvert
- quest ce quelles sont, que role elles ont
IUMA archive : https://archive.org/details/iuma-archive
Sources :
https://boilerrhapsody.com/2022/01/08/the-history-of-music-on-the-internet-would-david-bowie-have-been-a-tiktok-star/
https://www.sean.co.uk/a/musicjournalism/var/historyofbandsites.shtm
https://medium.com/backchannel/how-digital-music-missed-its-big-chance-fab931566042
https://soundiiz.com/blog/the-history-of-music-streaming/
présentation concept de HzM
Pour en revenir au générateur de site, HzMycelium, c'est justement un outil qui vise à faire redécouvrir cet attrait pour le web, cette liberté d'y publier sa musique.
Vous pouvez aller sur le site HzMycelium qui est la page de présentation du projet, sur laquelle se retrouvent les artistes qui s'intéressent à l'outil et voudraient générer leur site. Il fallait la rendre attractive et compréhensible pour "vendre" le concept du projet et donner envie d'utiliser l'outil : montrer des exemples de sites générés, le fonctionnement, la personnalisation... Une identité visuelle propre à ce site de présentation est déployée, elle s'appuie sur le concept du mycelium (qui donne donc aussi son nom au projet) : rapport au monde souterrain et caché, au réseau et liens entre les espèces vivantes. L'utilisation de l'ASCII qui a également un sens : écho à la scène warez, demo-scene du début du web. Indépendance technologique, nostalgie d'une ère pré internet communautaire et auto-gérée. Je peux citer Adel Faure (parcours RAPIDE artiste numérique spécialiste ASCII) dans un article pour Velvetyne (approximativement car traduit de l'anglais : l'attrait de l'ASCII ne se résume pas qu'à son aspect visuel, mais aussi à ce qu'il représente : il incarne un désir mélancolique, une nostalgie des idéaux du cyber-espace à ses débuts : quand les entreprises n'avaient pas encore pris le contrôle de nos vies digitales et que les communautés pouvaient encore s'organiser elles-mêmes). Cette citation résonne parfaitement avec le projet : redonner à la communauté musicale underground un moyen de reprendre le contrôle de la publication, du partage, de l'écoute de musique en dehors de plateformes et réseaux.
Comment l'outil fonctionne : l'artiste rassemble tous ses fichiers audios & images (covers & autres médias), et lance le script python fourni. Ce script va récupérer les infos de ces fichiers et s'en servir pour générer le site de l'artiste, que ce dernier pourra ensuite héberger comme n'importe quel site web.
Si je précise à chaque fois "leur propre site", c'est parce que ce qui est généré est simplement un ensemble de fichiers et de dossiers qui appartient totalement à l'artiste. Il en a le contrôle éditorial, visuel et technique absolu. Oui l'artiste doit héberger son site lui-même, ce qui est potentiellement un frein, mais c'est un choix : on ne reproduit pas les schémas des réseaux avec une inscription, un compte sur une plateforme, et tous les sites générés regroupés au même endroit. Ça permet d'avoir un réseau d'artistes et d'utilisateur·ice s complètement décentralisé et horizontal, qui s'appuie sur les principes de base du web. HzM est simplement là pour permettre à tous les artistes la création d'une page web publiant de la musique, ce qui peut être assez technique sans cet outil.
C'est aussi pour ça que la documentation de l'outil se présente finalement plutôt comme un tutoriel, détaillant jusqu'à l'installation de Python et du script, des étapes qui sont normalement absentes des documentations d'outils qui considèrent que l'utilisateur·ice est déjà renseigné·e et compétent·e sur ces sujets. HzM vise les artistes underground en général, donc pas forcément des personnes initié·es aux technologies du web, puisque le but est de leur faire comprendre l'attrait de ce milieu.
Le fait de me concentrer sur cette scène implique aussi de m'inscrire graphiquement dans les esthétiques qui la composent. C'est s'appuyer sur des codes graphiques communs, sur les esthétiques typiques de ces milieux. Même si ils sont très larges et pas réellement définis, ces codes graphiques sont bien présents dans la scène musicale underground, comme vu dans mon mémoire. On peut y faire appel, y faire référence, les réutiliser, mais surtout les faire évoluer.
On parle alors d'esthétiques alternatives (CITER DESIGNERS REFS), parfois de maximalisme, souvent de typographie expressive, et pourquoi pas de jouer avec les limites des normes graphiques et de la lisibilité (même si besoin de rester lisible et compréhensible quand on designe des interfaces).
Transition templates
sites générés, templates
vous pouvez aller sites templates et choisir un site parmi les 4 proposés
Vous aurez peut-être remarqué qu'il y a deux types de sites, ce sont donc les gabarits qui permettent de structurer la page et de la styliser de manière différente.
Chaque site est composé d'une page d'accueil, où l'artiste est présenté, avec quelques liens utiles, puis avec une liste des sorties. Chaque sortie possède sa page, avec sa palette de couleurs et ses images.
Rien qu'avec ces deux gabarits, et les autres paramètres qui sont le choix d'une palette de couleurs et d'une police de caractères, les sites générés sont très distincts et permettent à l'artiste d'avoir une esthétique propre sans être restreint. Mon objectif a terme sera de rajouter un ou deux gabarits de plus pour couvrir encore plus d'esthétiques différentes qu'on retrouve souvent dans l'underground (LESQUELLES, question potentielle ? plus trash, encore + illisible ? plus brute, plus old school pour la trap ?).
- Pour les artistes qui voudraient mettre en avant le lien entre leur musique et les images, la template Spore laisse le plus de place possible avec une interface très épurée, la plus discrète possible. C'est une template qui marche très bien pour les artistes avec des morceaux assez ambiants, calmes, ou simplement pour qui les images ont un sens particulier et qui ont besoin de les mettre en avant avec l'écoute
- La template Psilo sera plutôt pour les artistes ayant besoin d'une patte graphique plus expressive, pour supporter une musique peut être plus tape à l'oeil. Cette template s'inspire des esthétiques du début du web, et des premiers blogs, avec beaucoup d'éléments, des dégradés, des marges pas respectées. Les images apparaissent quand un morceau est lancé et s'accumulent pour cacher l'interface : la musique et l'image prennent le pas sur la lisibilité et la praticité
Questions possibles :
les autres templates possibles (quelles esthétiques restent à couvrir ?),
le futur du projet après diplôme,
que faire si un artiste veut un entre deux, ou une police différente sur chaque page ?
Dans les deux cas, du côté de l'auditeur·ice, ces gabarits offrent une expérience visuelle originale en même temps que l'écoute. Ce genre de choses et de site serait impossible sur les plateformes de streaming ou les réseaux sociaux, ça peut être une raison pour le public de venir visiter ce site pour s'immerger un peu plus dans un album qu'il connait déjà et veut mieux découvrir : ce n'est pas vraiment un outil d'écoute quotidien.
Alors juste avant j'ai parlé rapidement de paramètres, parce qu'il a fallu faire un choix en imposant ces gabarits à l'artiste, donc imposer des choix graphiques pris par moi. Certes ça restreint leur liberté, mais c'est aussi une facilité technique et graphique à prendre : on s'éloigne de Myspace qui laissait une liberté totale mais avec une technicité élevée, pour aller vers une solution aux choix limités mais pensés pour répondre à un grand nombre de possibilités d'utilisations. Il faut voir ça comme pour la partie technique : imposer un mode de fonctionnement, mais laisser une latitude assez large pour garder un intérêt graphique.
transition éditorialisation ?
éditorialisation
Je voulais conclure en quelque sorte en parlant un peu de la façon dont j'ai réalisé tous ces sites, cet outil, parce que ça a joué un rôle important dans ma façon d'aborder leur conception, dans ma façon de travailler pendant toute l'année.
Je ne l'ai pas encore mentionné mais tout ce que vous avez pu voir depuis le début, c'est du web écrit à la main, ou from scratch, donc sans gestionnaire de contenu ou aucun autre outil d'écriture de code. Ça va de cette "scénographie numérique", avec la carte interactive, la frise chronologique etc, jusqu'aux gabarits et aux sites d'artistes.
encapacitation pour artistes et utilisateurices aussi
Ce choix est conscient et surtout en accord avec ce que j'explique depuis le début sur la scène underground : c'est la manière la plus indépendante de faire du web. C'est être totalement libre, faire ses propres outils, apprendre sur le tas, bricoler soi-même, se confronter à des défis techniques. Cette façon de travailler elle est revendiquée par beaucoup de webdesigners portant ces mêmes valeurs (2-3 REFERENCES ICI), ici à l'école Julien Bidoret est un grand militant de ce web fait main et nous incite à le pratiquer comme ça.
En fait c'est une pratique du webdesign qui en devient même politique : accepter d'être plus lent dans sa réalisation comparé à des sites comme Wordpress ou Wix qui créent des sites en 1 heure, donc diminuer sa "productivité". Les interfaces par exemple, donc les gabarits que les artistes peuvent utiliser pour générer leurs sites, sont la partie m'ayant pris le plus de temps pendant ce projet =responsivité, designer sur 2 appareils.
accepter les imperfections, les défauts ou les absences de fonctionnalités, et surtout être indépendant technologiquement. Tout ça c'est aller à l'inverse de ce que la société attend des designers : productivité, efficacité, rendu irréprochable