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Momo - 7 février 2025 -

7 février 2025

Référence à la volée : alexandra saemmer ?

Bibliographie A ( ce que j'aime lire )

avec extraits -

Ronan Chéneau -

" On en a accumulé du savoir,
Depuis Homère
On en a appris des choses
Je dis Homère comme ça, par hasard…

On sait qu’on est dans un espace courbe
Que l’univers s’étend
On sait qu’on est à la dérive,
Dans du vide,
Dans un grand vide
On sait qu’il fait noir
Qu’il y a, en fait,
Très peu de lumière,
Et qu’elle est comme
Un miracle…
On sait qu’il doit y avoir
du hasard, dans tout ça
Mais on ne peut pas le croire…

On sait qu’on est les seuls, pour l’instant
Qu’il y a toujours les mêmes questions
En nous, en suspend
J’ai voulu me concentrer sur moi
En désespoir de cause…


On en a appris des choses
On sait que l’univers est rond…
Qu’il s’étend…
On sait qu’une démocratie est fragile
On sait que le communisme ne marche pas
On sait ou mène la guérilla
On sait que la dictature du prolétariat
ne viendra pas
On sait qu’une forme de dictature
Est là
On sait que l’injustice
perdurera
Sans doute,
Que nos discours ne font pas le poids
On sait que l’on nous dit
Ce qu’on veut bien nous dire
On sait que le monde est rond
Que le monde est fragile
Que le péril menace toujours
On sait
Qu’il y a autant de raisons
de s’apitoyer
Se révolter
…attendre
On sait qu’il y a autant de raisons de s’enfermer
Exploser,
Peut-être :
Hors de son quotidien
Hors de chez soi
On sait à quel point
nous sommes insignifiants
Chacun de nous
Fragile
Inestimable
Insignifiant…
Y compris ceux qui font
Ou entendent faire beaucoup de bruit…
On sait qu’on ne lâchera pas
Qu’on ne renoncera pas
Pour l’instant,
Que nous tenons
Chacun de nous
Un fil
Chacun de nous tiendrait momentanément
Le fil,
Chacun de nous
Le fil,
Le fil,
Qu’il ne rompt pas "

Laurence Vieille / Ancêtres -

"Dis-moi,
il y a un mort auquel tu penses parfois ?
il te visite ?
tu lui parles de temps en temps ?
connais-tu le nom de tes ancêtres ?
tu te sens relié à tes ancêtres ?
y a-t-il un disparu qui t’habite tout particulièrement ?
une partie de toi a disparu avec lui ?
tu le déterres parfois ?
tu lui chantes une chanson ?
tu pries ?
tu le remercies ?
tu le pares de ses plus beaux habits ?
que lui sacrifies-tu ?
est-ce que tu lui élèves un petit autel ?
que déposes-tu sur l’autel ?
où se trouve l’autel ?
tu dépoussières une photo ?
tu cherches un cadre pour l’encadrer ?
est-ce que vous vous parlez dans les rêves ?
inventes-tu une cérémonie particulière pour
honorer son temps de vie ?
qu’est-ce qui t’aide à vivre avec l’absence du vivant que tu aimais ?
gardes-tu quelques objets de l’ancien vivant ?
où les gardes-tu ?
offres-tu tes larmes ?
qu’est-ce qui te fait rire quand tu penses à lui ?
cherches-tu à retrouver son odeur ?
penses-tu à lui un jour particulier de l’année ?
te retires-tu pour penser à lui ?
te rappelles-tu une phrase qu’il te disait ?
une phrase qui te donne de la force ?
qu’est-ce qui te donne de la force quand tu penses à lui ?
quel geste fais-tu pour le saluer ?
quel lieu choisis-tu pour lui parler ?
désires-tu parfois tout gommer tout effacer ?
parfois ça semble difficile d’avancer
quand l’absence est à fleur de peau.
aimes-tu être solitaire pour le retrouver
ou partages-tu ce moment avec d’autres ?

tu t’arrêtes et tu bois un verre d’eau, un verre de vin ? tu fumes
une cigarette ?
tu lui écris une lettre que tu brûles au milieu d’une forêt ?
quel arbre lui ressemble ? l’entoures-tu de tes bras ?
tu déposes des pétales sur un chemin où tu marchais avec lui ?
tu gardes entre les pages d’un vieux livre les mots qu’il t’écrivait ?
tu guettes les nuages qui prennent la forme de son visage ?
tu ressens encore dans ton corps sa présence ?
entends-tu sa voix son rire en toi ?
tu marches à l’ombre ou au soleil ?
ouvres-tu ta fenêtre pour sentir l’air sur ta peau ?
restes-tu parfois longtemps couchée, immobile, tant l’absence
est douloureuse ?
comment apprivoises-tu l’absence ?
est-ce que parfois le disparu te donne des ailes ?
chante la chanson
fais le geste
pense à l’objet
dresse l’autel
remercie et chéris le temps passé ensemble
silence
le vide n’est pas vide
nous le savons n’est-ce pas ?
tu crois toi que le vide est le champ de tous les possibles ?
aimer un mort c’est peut-être
l’art d’habiter le vide
inventer des gestes qui nous relient
nous les vivants
en gratitude
aimer d’un plein amour les proches qui nous entourent
mesurer l’inouï d’être au monde et la chaleur du vivant
aller par les chemins
regarder la samare de l’érable tournoyer dans les airs
prends le temps d’aimer le mort, c’est la vie que tu honores"

Edith Azam / Chante Maman chante !

"Chante pour la mémoire !
Chante pour l’avenir !
chante
pour ce que nous sommes
des morceaux d’univers !
Des mondes sans relecture !
La trace de quelque chose
dont nous ignorons tout !
Du cosmos arraché Maman !
Chante chante !
Offre-moi la lumière
Et raye tout le vide !
Aile-moi aile-moi
aile-moi tout le cœur
aile-moi que j’évade que je sorte
du corps !
Aile-moi jusqu’aux arbres !
Il est l’heure des ruisseaux
l’heure des envols d’oiseaux !
Aile-moi aile-moi
Que je prenne ma plume !
Chante Maman chante !
Les êtres de courage !
Les animaux humains !
Les poèmes… en peluche !
Chante les petits je
les petits tu, les petits nous !

Chante pour cette histoire
qui danse sur nos vertèbres !
Nous sommes l’inconnu Maman
nous sommes ce grand feu
qui ne brûle que pour nous
qui ne nous brûle que nous
mais qu’importe Maman chante !
Chante pour l’impossible
pour un peu d’air voilà !
Des caissons d’oxygène !
Des océans du ciel !
La lumière des orages !
Du vent de la douceur !
Un air à emporter !
Allez chante Maman !
Chante petite mère !
N’arrête pas Maman !
Nous ne sommes pas
encore
morts…"

Matthieu Corpataux / Sucres

"Mes poèmes, comme des sucreries ?
Des douceurs, des caramels mous ?
Mous ? Des bâtons de railleries ?
Non. Des sucres oui, qui attaquent
Les blanches dents, qui attaquent
Les civils gentils, les gencives nanties
Qui attaquent lentement, à la racine
À l’aide de la langue, ce muscle infini."

Claire Lajus / Les yeux noirs de la France

*"Nos yeux noirs effraient ou fascinent
Notre peau dit l’ailleurs
Nous sommes abonnés aux trois
Uniques guichets de la France
Et nos existences se jouent à l’humeur du guichetier
Le sait-il ?
On décide de nos vies
Non, là vous ne pouvez pas rester
Là il manque un papier
On dirait
Mais il ne manque pas de papier
Le dossier a déjà été envoyé deux fois
Nous faisons des doubles a présent
Et nous avançons dans la queue la boule au ventre
Qui sera notre guichetier
Un nouveau expéditif
Un homme souriant
Une femme énervée
Un incompétent
La préfecture sue notre angoisse
La poussière n’a pas le temps de se poser sur les barrières
Chaque jour une file se forme
Et des mains de toutes les couleurs glissent
sur leur dos froid
Nous sommes en équilibre à l’extrême bord de la marge
Une signature, un tampon marquent nos vies
Et décident de leurs trajectoires.
Nous avons appris votre langue, vos codes
Nous avons appris à ne pas renoncer
Pourtant notre lassitude s’encrasse
Et pèse…"

Sebastien Lespinasse / Toutes proportions gardées

"je t’univers, tu me monde
ils se continent
elle m’afrique oui
elle m’asie longuement
je l’europe comme je peux
comme je l’espagne parfois

elle m’angleterre dans les coins
elle m’italie de partout
alors je la suisse et l’hollande le long de son corps
elle m’enbruxelle et me luxembourgue
à mesure que je la pologne
on tchécoslovaque à nos occupations
elle m’allemagne je la biélorusse
elle se norvège devant moi et je la finlande
je l’islande jusqu’au bout je la bulgare à pleines mains
elle me moscou férocement et ça se corse
je l’emportugal dans ma course
je l’irlande encore et encore
elle me sicile à chacun de ses regards

elle m’argentine sans crier gare
on s’équateur à l’horizontal
on s’algérie sans raison
soudan on s’mozambique l’un sur l’autre
on s’mexique comme pour mieux s’prendre au jeu
j’la cambodge elle me syrie à pleines dents
je t’nicaragua j’te martinique tu m’lichtenstein
je t’seychelles tu m’chili chine et chypre mmm…
j’te djibouti tu m’danemark
tu m’botswana ( be your dog ) yeaah men !
on s’afghanistan(s) en temps
quand ça s’uruguay de se voir

alors on s’colombie
on s’polynésie on s’australie
on s’wallis et futuna on s’tahiti
on s’bangladesh on s’panama pakistan
on s’haute-garonne

et ainsi de suite
et ainsi de suite
jusqu’au coucher de terre qui décline
"

Patrick Dubost / C'est quoi la poésie

"*
1
La langue comme matière. Visuelle, sonore, sémantique. À
travailler. Malaxer. Chamboulei: À pousser dans ses retranchements.
Matière qui, d'une manière ou d'une autre, fait parole, fait
sens, fait image. Fait bruit et parfois vacarme.
2
Strncture une vie. Donne sens et repères. Trame. Direction.
Objectifs. Échafaudage lentement élaboré sur plusieurs décennies.
Panorama. Foutoir. Hauteur de vue sans voir de haut. Ne
jamais se dresser sur la pointe des pieds.
*3
Chemin d'insecte à hauteur d'herbes. Quand le mot se détache
de l'objet. Se fait lui-même objet. Joue avec son objet. Jouets
imbriqués à différents étages. Le réel au pourtour qui n'en
pense pas moins. Chaos comme strncture limite.
*4
Faute de peindre. Le rectangle de la page se travaille tel un
tableau. Les mots s'assemblent et s'interpellent dans un plan.
Le changement de page est une violence. La coulée de langue
se fait dans le cadre étroit de cette page.

5
Faute d'être musicien. Le texte sort de la page pour jouer dans
l'espace. _Le corps reprend ses droits. Le geste s'amplifie, parti
de la mam dans l'écriture. Les trois dimensions de l'écoute.
Les dimensions ajoutées d'une pensée en mouvement.
*6
Rien à dire. On sait très tôt que l'on a rien à dire. On aime
écrire alor_s on dit, nécessairement. Au profond. Au terreau de
l'inaudible. On dit ce qui est dessous. Devant. Ailleurs. Partout.
On dit en deçà et tout autour de ce rien à dire.
*7
À l'issue d'une journée d'écriture, Je monde à gagné en luminosité.
Phrases comme des poutrelles métalliques. Solides. Indestmctibles.
Mais i?visibles. À structurer le ciel. Écrire fait exister un peu plus, un
peu mieux. Fabrique de la lumière.
*8
Écrire pour ne pas mourir. Un poème lu dans un grenier du
fütur. Survivre. Un poème simplement gravé dans l'air. On
admettra facilement (si l'on admet la poésie) que l'air garde
trace de tout, a fortiori des poèmes.
*9
Le poème est un objet constitué de mots qui se donnent
eux-mêmes comme des objets. Objet solidement ancré dans
l'air avant de s'arrimer au papier. Avec ou sans sujet. Dispersé
en autant d'exemplaires que les vents le permettent.
*10
Une voix parfois. Un corps parfois. Du geste parfois. Le poème
s'inscrit dans les mémoires qui elles-mêmes re_composent les
corps, les gestes, les voix, les textes. Ori admettra qu'une
mémoire tapissée de poésie ne s'en porte que mieux.
*11
Le poème fait un tri dans l'univers des possibles. Il dicte ses
volontés à celui qui le servira. Il existe avant d'apparaître,
grattant sous les yeux, grignotant dans l'oreille. Présent quelques
microsecondes avant d'être présent. Avant d'être pensé.
*12
Le poème n'appartient pas à celui qui l'écrit. Il fabrique son
auteur puis l'aide à vivre. Preuve en est que le poète, après avoir
bien travaillé, en sort transformé, régénéré. Par contre, tout
poème appartient à son lecteur qui en fait bien ce qu'il veut.
*13
Le poème se joue sans que nécessairement une chose soit dite.
Sans que le monde change. Sans que les corps n'aient d'autre
choix que d'accompagner fugitivement la parole et disparaître,
dans une pleine conscience de l'extinction des corps.
"

Liliane Giraudon

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Véronique Vassiliou

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Félix Fénéon / Nouvelles en trois lignes

"Place du Panthéon, des électeurs échauffés tentèrent de
rôtir un mannequin figurant M. Auffray, candidat battu. On
les dispersa.

Arrêté à Saint-Germain, pour grivèlerie,Joël Guilbert but
du sublimé. On le désintoxiqua; mais, hier, il mourait du
delirium tremens.

Le photographe Joachim Berthoud ne pouvait se consoler
de la mort de sa femme. Il s'est tué à Fontenay-sous-Bois.

L'abbé Andrieux, de Roanne, près Aurillac, qu'un mari
impitoyable perçait mercredi de deux coups de fusil, est mort
hier soir. (Havas.)

En désaccord politique, MM. Bégouen, publiciste, et Bepmale,
député, s'étaient donné du <<voleur» et du <<lâche>>.
Réconciliés. (Dép. part.)

Dans un café, rue Fontaine, Vautour, Lenoir et Atanis ont,
à propos de leurs femmes absentes, échangé quelques balles.

Les Yodtz, de Bezons, ont été quelque peu brûlés dans un
incendie, d'où ils se tirèrent aidés de deux cuirassiers.

Dix ans de travaux forcés (assises de Nancy) à Tournour.
Cet adolescent avait tué un voyageur à qui il servait de guide.
(Dép. part.)

Plus de pipes de bruyère. Les ouvriers de Saint-Claude
chôment en attendant qu'on les leur paye mieux. (Havas.)
"

Mylène Mackay / Mon coeur accroché sur vos murs en cartons [extraits]

*"Il paraît que l'amour commence par un malentendu.

Avec toi j'ai eu mal et j'ai tout entendu"

*"Tu me dis :"Je vois tout dans les yeux des gens."
Je demande :"Que vois-tu dans les miens ?"
"De la peur"

*Ce matin là
Tu rejettes ma main et tu pars

*Bien plus tard, je comprends ce que tu as vu dans mes yeux

Ta propre terreur."

-

*"Même si tu es disparue
sous les marches de l'idéalisation de ses monstres
tu t'estompes mais tu brilles
tu te noies mais tu vrilles

Recrache le ciment de son indifférence
pave-toi un nouveau chemin

Si seulement il avait su caresser
un petit bout de mon âme d'amoureuse éventrée
pour me recoudre un peu d'enfance
j'aurais pu marcher sans toucher les lignes

-

"Je me reveille toujours fatiguée
comme si la nuit je refaisais le monde
comme si j'affleurais enfin la vie que je veux vivre"

-

"« Nuveau +coeur+ illusions+ rtour + frmer plaie+ bobo+ arrêter souffr +
normal pouls+ enfanc »
Un nouveau coeur, ça se google pas."

-

"Je ne suis plus capable de me croire devant quelqu'un d'autre
ça se défait pas comme ça
des âmes qui ont dansé ensemble"

-

"Si les astres ont une logique
ton chaos
croisera le mien"

-

"Étendue sur l'herbe
j'rne souviens de l'oiseau qui s'est envolé
et de ta tête froide d'amoureux fou
qui ne s'est jamais retourné
Ce jour-là
on est redevenus des étrangers
Et ton dos
est une constellation
sans nom
dans mes silences"

-

"Être déçue
j'ai pu
le casting
pour ça"

-

"Si un jour on devient une étoile
j'espère qu'ils vont nous placer
dans la même constellation

Shotgun"

-

"Chaque trois mois
une explosion dans mon coeur
quand tu me réécris

MES
MIETTES NE
T'ONT PAS
SUFFI ?

-

"Te recontrer
m'aura donnée envie
d'aimer encore plus fort
quelqu'un d'autre"

-

"Tous ces hommes
qui me regardent
ont pour défaut
de ne pas être
toi
"

-

"La délicatesse c'est si rare que c'est de la poésie"

-

"Quand la lune se lève à droite
pis le soleil à gauche
je me dis que c'est ça
c'est juste ça
guérir"

Stéphen Bertrand
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Jidi Majia / Jour d'automne

"Tu me manques maintenant à Venise.
Durant tout ce temps tu ne pouvais venir à moi
et il te sera impossible de me rejoindre.
Tu me manques maintenant dans un autre pays
où la lumière du soleil inonde toutes les fenêtres.
Mes sombres humeurs atroces
sont comme la marée qui gémit à l'entrée de la rade.
Tu me manques maintenant sur une terre étrange.
Mon rêve clopine tout seul
traversant des allées de souvenirs entretissés.
Turne manques maintenant à Venise
en ce jour d'automne, calme et richement semé.
Il me semble avoir attrapé un brin de fièvre.
"

Jean Métellus / Je dirai ...

"Je dirai la soif de certains regards
Les phrases dénouées en leur reflux
Les pudeurs plissées dans les caprices du chant
Je voudrais dire la valse diabolique des jours
Et les heures fabuleuses en toutes saisons
Je veux ouvrir l'espace des mutations
Des mobilités locales et planétaires
Des lèvres ferventes de promesses
Il me faut déchirer la brume des nostalgies
Scruter la plénitude ensorcelée, mystérieuse
Fontaine fougueuse de l'adolescence
Mélodie soyeuse et bleue de l'océan
Extase de la prière silencieuse
Dans la connivence tacite de Dieu
Je dirai mon douloureux besoin de sérénité
Je dirai ma foi à la clarté agenouillée aux portes de la nuit
Je dirai mon émoi devant le premier sourire d'un nouveau-né
Et ma joie face à l'énergie du vent
Transmuée en chaleur, en lumière
"

Marion Collé / Traverser les murs opaques

"Dans les cendres
Dans l'éclatement
Broie le déni
Débrise le vent
Dans le cratère
Dans l'immédiat
Aime encore
Aime plus fort
Traverse les murs opaques
Perce le tympan du temps
L'amour est une lave
En révolte
Contre la mort et le néant."

Ana Maria Rodas / Cela t'effraie

"Cela t'effraie
de parler de ces choses.
Tu les sens, bien sûr, mais elles te rongent seulement de l'intérieur.
parce que, comment dire je désire?
Les femmes nous ne désirons pas
nous avons seulement des enfants.
Comment peux-tu demander à ton mari
qu'il te lèche et qu'il te monte?
Ça tu ne l'as pas appris au collège.
Et quand il atteint son orgasme égoïste
tu ne peux pas, toi, lui crier
moi je n'ai pas fini.
Tu ne peux pas non plus te masturber
ni chercher un amant.
Pour une femme ce n'est pas bon."

Ananda Devi / Six décennies
(Extrait)

"Dépasser les bornes
Aller plus loin que mes orbes
Vivre ce que ne pourrais
Connaître ce que ne devrais
Être telle que voudrais
Offrir mon corps nu
À la flagellation
Tout désir est incartade
Sève buissonnière
Goutte de laitance
Dans ma bouche offerte
Tout désir est incartade"

Garous Abdolmalekian / Je laisse mon sang jaillir ...

"Je laisse mon sang jaillir
Et écrire sur le sol ce qu'il souhaite
Qu'il s'enfonce dans la terre
Qu'il écrive sous la terre
Qu'il fasse en sorte que
Les morts lisent aussi de la poésie
Je laisse mon sang jaillir
Passer en-dessous des fils barbelés
Passer en-dessous des murs
Passer en-dessous du monde
Et dans toutes ces noirceurs
Garder sa rougeur
Je laisse mon sang jaillir
Pour qu'il fasse battre
Le pouls de la liberté
"

René Daumal / Je suis mort parce que je n'ai pas le désir ...

"Je suis mort parce que je n'ai pas le désir,
Je n'ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n'essaye pas de donner;
Essayant de donner, on voit qu'on n'a rien,
Voyant qu'on n'a rien, on essaye de se donner,
Essayant de se donner, on voit qu'on n'est rien,
Voyant qu'on est rien, on désire devenir,
Désirant devenir; on vit.
Mai 1943"

Marianne Catzaras / Sur quelle terre ...

"Sur quelle terre étrangère
As-tu emporté
Mon amour
Dans quelle voix subitement arrêtée
Ai-je dû exiler
Les battements de mon coeur
Dans quelles paroles trouées
Ai-je dû me sauver
Battue de plein fouet
Par le gémissement des vagues
C'est au petit matin
Qu'on lui a retiré ses lendemains
C'est au petit matin
Que les vieilles du village
Ont dépouillé ses mains de leur rosée
Dans quel sommeil léger
Pourrais-je venir te retrouver
Dans quel chant entonné par le silence
Quels corps vides
Jetés dans les citernes
Quelle maison incendiée
Un jardin mortifère
En guise d'escale
Et une immense pierre
En travers de la gorge."

Felip Costaglioli / Poème Mousquetaire (Chapitre VIII)
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Jeanine Baude / Les Roses bleues de Ravensbrück
(Extrait)

"On aperçoit les joncs. On aperçoit le lac. Cela tremble sous un ciel
gris. Mauve ou pastel. Je ne sais
plus.
C'est la mémoire qui fait défaut dans le désir de mémoire. Le désir.
La clef de voûte. L'épine dorsale de
ceux qui sont revenus.
Surtout de celles qui sont revenues. C'était un camp de femmes.
De ces femmes tendres et dures, fières et révoltées.
De ces femmes
Tuées. Trouées. Clouées. Battues. Violées.
De ces femmes
dont le désir fut si fort qu'il soulevait la mort
comme se lève une voile"

Alain Damasio
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Bibliographie B ( ce que j'écoute / regarde )

( que te/vous invite grandement à découvrir, c'est beau et apaisant et bien écrit )

Félix Radu -> Né le 15 octobre 1995 à Namur, en Wallonie1, il est un comédien, auteur et scénariste belge.
Il réalise des chroniques poétiques sur des sujets d'actualités et/ou personnels sur Première RTBF (radio belge) en ce On peut désormais retrouver certains de ses poèmes mis en musiques ( slam ? ) sur les plateformes.

Petit lien pour découvrir quelques chroniques ->
https://www.youtube.com/playlist?list=PLVmrRi11UPvVLeu4nC4oPlJQ-IZqHAqNr

Petit lien vers ses "single" -> https://www.youtube.com/watch?v=44KMoW12OpU

Les balades Grossomodo -> Il a choisi "Grosso Modo" comme nom de plume. Ce rêveur sensible propose régulièrement de courtes vidéos sur les réseaux sociaux, à partir de détails et d'objets qu'il croise dans les rues ddes villes. Très bientôt ( mai 2025 ) nous pourrons voir son roman ...

Petit lien vers son insta ( désolée Julien..... ) -> @grossomodo._ -> https://www.instagram.com/grossomodo._/?utm_source=ig_embed